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Le Chili, dans la course au premium

vignoble chilien

Doté d’un long passé viticole datant du 16e siècle, le Chili excelle depuis les années 1990 dans la production de vins d’un très bon rapport qualité-prix, régulier d’un millésime à l’autre, et homogène d’un producteur à l’autre, avec peu de mauvaises surprises pour le consommateur final.

De grands groupes ont dominé la production jusqu’à présent, focalisés majoritairement sur le segment des vins entrée de gamme à l’export. Par conséquent, les pratiques viticoles et de vinification étaient tournées davantage vers une logique de volume, efficaces certes, mais négligeant trop souvent la provenance et la spécificité de chaque cépage, des parcelles ou des vignobles. S’ils ont permis la production de vins faciles et bien faits à des prix très abordables (prix moyen inférieur à 5€ en grande surface), ces vins manquaient pour la plupart de personnalité, laissant peu de place à l’expression du terroir ou des hommes les ayant produits. Alors que les vignerons et les domaines indépendants jouent un rôle clé dans l’évolution d’un pays vers plus de qualité en développant des pratiques plus exigeantes et en produisant des vins authentiques, de caractère, leur nombre et leur influence dans les décisions stratégiques sont encore faibles au Chili.

Une révolution en marche

Toutefois, depuis une dizaine d’années, et grâce à une prise de conscience collective de la part des professionnels du vin, le Chili a entamé de profonds changements, voire même une révolution, pour se développer sur la catégorie des vins prémiums.

Cela commence par un travail de longue haleine pour identifier les cépages les mieux adaptés aux régions et aux sols, développer des styles régionaux à partir de différents terroirs, et enfin accroitre la production de cépages moins répandus comme le Muscat, le Pinot Noir et la Syrah plutôt que le Merlot et le Chardonnay.  Le pays a le potentiel nécessaire pour produire des styles de vins frais, très appréciés pour accompagner la cuisine, dans les régions d’Elqui (au Nord) et de Bio-Bio (au sud).

Ces changements passent aussi par davantage de contrôle des rendements (à la baisse pour une meilleure concentration des arômes et une acidité plus élevée), de la vinification et de l’élevage en fût de chêne (l’excès de bois pouvant masquer le fruit et les nuances aromatiques).

Un paradis viticole

Il s’agit également de valoriser les atouts climatiques du pays qui en font un paradis viticole et un des leaders mondiaux des vins bio et biodynamiques avec 4 000 hectares convertis et une croissance de 30% par an (cf : article vins bio) ! S’étirant sur plus de 900km de long et 100km de large, le climat du Chili est majoritairement méditerranéen avec des étés chauds et secs et l’essentiel des pluies en hiver. Ces conditions favorisent une culture de la vigne saine et une maturité des baies optimales. De plus, l’océan Pacifique et la chaine côtière qui longent l’ouest du pays, et la Cordillère des Andes à l’est, permettent d’isoler le pays de nombreux parasites et maladies (à titre d’exemple, le phylloxera, un des virus de la vigne les plus redoutés, ne peut survivre ni dans l’eau, ni dans le sable) avec une faible utilisation de pesticides. Enfin, les courants maritimes et montagneux créent des variations de température pouvant aller jusqu’à 20°c entre le jour et la nuit, permettant ainsi un mûrissement lent des baies avec une concentration des arômes et une acidité préservée pour les cépages blancs, et une couleur profonde et des tanins mûrs pour les vins rouges, des qualités indispensables pour de grands vins.

Ces atouts naturels deviennent des arguments commerciaux puissants dans un marché où le consommateur est de plus en plus sensible à la provenance, au développement durable et à la qualité des produits qu’il consomme.

Enfin, d’un point de vue marketing, les producteurs doivent faire évoluer leur gamme de produits pour proposer des vins plus prémiums. Cela passe par des extensions de gamme avec des cuvées limitées, de nouveaux cépages, des vins mono-parcellaires, des vinifications plus naturelles (levures indigènes) ainsi que des campagnes et des actions de communication adaptées (masterclass et salons professionnels, dégustation sur le lieu de vente) destinées aux cavistes et à la restauration afin d’améliorer l’image et d’accroitre la valeur, plutôt que le volume à coup de promotions et de réductions dans les grandes surfaces.

Les cépages emblématiques du Chili

Carte Chili
Le Carménère

Originaire de bordeaux où il était cultivé en quantité significative, le carménère est devenu le cépage emblématique du Chili, un peu par hasard, les viticulteurs ayant longtemps pensé qu’ils cultivaient du Merlot. A tel point, que la reconnaissance officielle du cépage et l’apparition de son nom sur les étiquettes ne datent que de 1996.

Ayant besoin de chaleur pour bien se développer, le carménère est cultivé dans les régions plus chaudes de Colchagua, de Maipo, ou encore de Cachapoal. Les arômes typiques sont les fruits rouges, noirs, et les épices. On le compare souvent au cabernet franc, utilisé en assemblage à bordeaux. S’il reste le premier cépage noir du Chili, il est talonné de près par le Cabernet sauvignon, dont le nom et les caractéristiques aromatiques (note de cassis) sont souvent privilégiés par les producteurs dans un souci de mieux vendre leur vin.

Le Pais

Autre cépage traditionnel, le pais a été importé d’Espagne par les colons au 16e siècle. Ses régions de prédilection sont Itata, Maule et Bio-Bio. Bien que ce cépage soit essentiellement cultivé pour faire des vins de table, une poignée de producteurs se penche sur des nouvelles pratiques viticoles et de vinification pour améliorer les rendements, les caractéristiques aromatiques et la qualité du vin.

Coté vins blancs, le chardonnay domine avec plus de 13 000 hectares plantés et fait ses preuves dans les régions fraiches de Casablanca, San Antonio et plus récemment Limari. Ses vins ont une acidité modérée et des notes de fruits tropicaux, s’accordant parfaitement avec des poissons en sauce.

Le sauvignon blanc est le 2e cépage le plus planté avec 12 000 hectares et se trouve dans les mêmes régions fraîches que le Chardonnay. Il produit des vins secs, minéraux, avec des notes de fruits frais (pomme verte, poire) ou de fruits exotiques comme l’ananas. L’intérêt croissant pour d’autres cépages blancs, comme le Muscat, participe à une plus grande diversité d’offre et de styles des vins blancs chiliens.

Chiffres clés du marché

En 2014, le Chili était le 2e producteur d’Amérique Latine, derrière l’Argentine. La surface viticole se situe à la 9e place mondiale[1], derrière le Portugal et l’Argentine, avec plus de 200 000 hectares, et ne cesse d’augmenter d’année en année.

Les régions productrices les plus importantes sont la Maule, Colchagua et Maipo (réputée pour ses vins rouges) représentant à elles seules plus de 90% de la production.

Avec 4% de la production mondiale (contre 16% pour la France), le Chili est classé dans les 10 premiers pays producteurs. Sa production annuelle suffit amplement à couvrir la consommation nationale. En effet, les chiliens ne consomment que 17 L par an et par habitant (comparé à 42 L par an et par habitant en France). S’il consomme peu, le Chili exporte beaucoup (5e place à l’export) et de façon croissante (+44% depuis 2010) avec les États-Unis et le Royaume-Uni comme marchés principaux.

Le peu de vins importés est essentiellement sur le segment premium en provenance d’Italie, Espagne et France. Les champagnes et les vins du Languedoc ont le plus de succès parmi les vins français.[2]

Nos vins coups de cœur:

Canto de Apalta, Lapostolle – propriété de la famille Marnier-Lapostolle (liqueur Grand Marnier), domaine en biodynamie. Dégustation : notes de fruits rouges et noirs, d’épices (cannelle, poivre noir), de chocolat amère, de café, de soja, avec des tannins élégants et une finale persistante.
Accords gourmands : viande grillée, pâtes sauce bolognaise

Single Vineyard Wild ferment Sauvignon blanc, Valdivieso – notes de citron, d’épices (gingembre, poivre blanc), pointe minérale et légèrement toastée, avec une belle matière et une finale persistante.
Accords gourmands : poisson sauce blanche, escalope de volaille au curry

 

[1] D’après l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin

[2] Le lien historique avec la France s’explique par l’implantation de cépages français dès 1850 lors de la grande crise du phylloxéra.

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